
— Le télégraphiste est enprison ?
— Oui ! ils l’ont emmenéle soir même, avec les menottes, et tout… J’étais sur le seuil… J’aime mieuxvous dire la vérité : ma femme en a pleuré… Et moi-même… Pourtant, cen’était pas un client extraordinaire… Je lui faisais des prix… Il ne buvaitpresque pas…
Ils furent interrompus par unerumeur soudaine. P’tit Louis fonçait sur le Breton, sans doute parce quecelui-ci s’obstinait à l’empêcher de boire. Ils roulaient par terre tous lesdeux. Les autres s’écartaient.
Ce fut Maigret qui les sépara, enles soulevant littéralement, un dans chaque main.
— Alors ?… On veut semanger le nez ?…
L’incident fut bref. Le Breton, quiavait les mains libres, tira un couteau de sa poche et le commissaire s’enaperçut juste à temps pour l’envoyer rouler à deux mètres de là, d’un coup detalon.
La chaussure atteignit le menton quisaigna. Et ce fut P’tit Louis qui se précipita sur son compagnon, toujoursflou, toujours ivre, et qui se mit à pleurer en lui demandant pardon.
Léon s’approchait de Maigret, samontre en main.
— Il est l’heure defermer ! Sinon, on va voir arriver les agents… Tous les soirs, c’est lamême comédie ! Impossible de les mettre dehors !
— Ils couchent à bord de l’Océan ?…
— Oui… Quand, comme c’estarrivé hier à deux d’entre eux, ils ne restent pas dans le ruisseau… Je les aitrouvés ce matin en ouvrant les volets…
La serveuse ramassait les verres surles tables. Les hommes s’en allaient par groupes de trois ou quatre. SeulsP’tit Louis et le Breton ne bougeaient pas.
— Vous voulez unechambre ? demanda Léon à Maigret.
— Merci ! Je suis installéà Hôtel de la Plage !
— Dites donc…
— Quoi ?…
— Ce n’est pas que je veuillevous donner un conseil… Cela ne me regarde pas… Seulement, on avait del’affection pour le télégraphiste… Peut-être qu’il ne serait pas mauvais dechercher la femme, comme on dit dans les romans… J’ai entendu chuchoter deschoses comme ça…
