
— Pierre Le Clinche avait unemaîtresse ?
— Lui ?… Oh ! non… Ilétait fiancé dans son pays et il envoyait tous les jours là-bas une lettre desix pages…
— Alors, qui ?…
— Je n’en sais rien… Peut-êtreque c’est plus compliqué qu’on le croit… Puis…
— Puis ?…
— Rien !… Soisraisonnable, P’tit Louis !… Va te coucher…
Mais P’tit Louis était dans un étatd’ivresse trop avancé. Il se lamentait. Il étreignait son camarade dont lementon saignait toujours et lui demandait pardon.
Maigret sortit, les deux mains dansles poches, le col relevé, car l’air était frais.
Dans le hall d’entrée de l’Hôtelde la Plage, il aperçut une jeune fille, assise dans un fauteuil d’osier.Un homme se leva d’un autre fauteuil, sourit avec un rien de gêne.
C’était Jorissen, l’instituteur deQuimper. Il y avait quinze ans que Maigret ne l’avait pas vu et l’autre hésitaà le tutoyer.
— Excusez… excusez-moi… Je…Nous venons d’arriver, Mlle Léonnec et moi… J’ai cherché dans leshôtels… On m’a dit que vous… que tu allais rentrer… C’est la fiancée de… dePierre Le Clinche… Elle a absolument voulu…
Une grande jeune fille un peu pâle,un peu timide. Cependant, quand Maigret lui serra la main, il comprit que sousces apparences de petite provinciale à la coquetterie maladroite il y avait unevolonté.
Elle ne parlait pas. Elle étaitimpressionnée. Jorissen aussi, resté simple instituteur et retrouvant sonancien camarade à un des plus hauts postes de la Police Judiciaire.
— On m’a montré tout à l’heureMme Maigret dans le salon… Je n’ai pas osé…
Maigret regardait la jeune fille quin’était pas jolie, ni laide, mais dont la simplicité était assez émouvante.
