Plusieurs personnes lui avaientdécrit le télégraphiste et l’image qu’il s’en était faite répondait trait pourtrait au garçon qu’il avait sous les yeux.

Un grand jeune homme maigre, aucomplet correct, encore que fripé, au visage grave et timide à la fois depremier de classe. Des taches de rousseur sous les yeux et des cheveux coupésen brosse.

Il avait sursauté quand la portes’était ouverte. Il était resté un bon moment très loin de la jeune fille qui s’avançait.Elle avait dû se jeter dans ses bras, littéralement, y rester de force, tandisqu’il lançait à la ronde des regards éperdus.

— Marie !… Qui est-cequi ?… Comment ?…

Il était troublé au plus haut degré.Mais ce n’était pas l’homme à s’agiter. Les verres de ses lunettes seulsétaient embués. Ses lèvres frémissaient.

— Il ne fallait pas venir…

Et il épiait Maigret qu’il neconnaissait pas, puis fixait la porte restée entrouverte.

Il n’avait pas de faux col, pas delacets à ses chaussures, mais par contre une barbe de plusieurs jours,roussâtre. Tout cela le gênait, malgré le drame. Il se tâtait avec embarras lecou nu, la pomme d’Adam saillante.

— Est-ce que ma mère ?…

— Elle n’est pas venue !Mais elle ne croit pas non plus que tu sois coupable…

La jeune fille, elle non plus, neparvenait pas à donner libre cours à son émotion. C’était comme une scèneratée, peut-être à cause de la crudité de l’atmosphère ?

Ils se regardaient et ils nesavaient que dire, ils cherchaient leurs mots. Alors Marie Léonnec désignaMaigret.

— C’est un ami de Jorissen… Ilest commissaire à la Police Judiciaire et il accepte de nous aider…

Le Clinche hésita à tendre la main,n’osa pas le faire.

— Merci… Je…

C’était raté sur toute la ligne etla jeune fille, qui s’en rendait compte, avait envie de pleurer. N’avait-ellepas compté sur une entrevue pathétique qui convaincrait Maigret ?



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