
Elle regardait son fiancé avecdépit, avec même une pointe d’impatience.
— Il faudra que tu lui disestout ce qui peut être utile à ta défense…
Et Pierre Le Clinche soupirait,gauche et ennuyé…
— Je n’ai guère que quelquesquestions à vous poser ! intervint le commissaire. Tout l’équipage estd’accord pour dire qu’au cours de la campagne vos rapports avec le capitaineont été plus que froids. Or, au départ, vous étiez plutôt en bons termes.Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ?
Le télégraphiste ouvrit la bouche,se tut, fixa le plancher d’un œil désolé.
— Des questions deservice ?… Les deux premiers jours, vous mangiez avec le second et le chefmécanicien… Ensuite vous avez préféré manger avec les hommes…
— Oui… Je sais…
— Pourquoi ?…
Et Marie Léonnec, impatientée :
— Mais parle donc,Pierre ! Il s’agit de te sauver ! Tu dois dire la vérité…
— Je ne sais pas…
Il était sans nerfs, sans ressort,comme sans espoir.
— Avez-vous eu des discussionsavec le capitaine Fallut ?
— Non…
— Et pourtant vous avez vécuprès de trois mois sur le même bateau que lui sans lui adresser la parole. Toutle monde l’a remarqué… Certains chuchotent que Fallut, à certains moments,donnait l’impression d’un fou…
— Je ne sais pas…
Marie Léonnec contenait des sanglotsd’énervement.
— Quand l’Océan estrentré au port, vous êtes allé à terre avec les hommes… Dans votre chambred’hôtel, vous avez brûlé des papiers…
— Oui ! C’était sansimportance…
— Vous avez l’habitude de tenirun journal de tout ce que vous voyez… N’était-ce pas le journal de cettecampagne que vous avez brûlé ?…
Et il restait debout, tête basse,comme un élève qui ne sait pas sa leçon et qui fixe le sol d’un air buté.
