
— Vos parents sontriches ? questionna crûment Maigret.
— Ils ont la plus grosseaffaire de cordages et câbles métalliques de Quimper. C’est pourquoi Pierre nevoulait même pas parler à mon père… Pendant toute une année, nous nous sommesvus en cachette…
— Vous aviez dix-huit ans l’unet l’autre ?
— À peine ! C’est moi quiai parlé chez moi. Et Pierre a juré qu’il ne m’épouserait que quand il gagneraitau moins deux mille francs par mois… Vous voyez que…
— Il vous a écrit, depuis sonarrestation ?
— Une seule lettre. Trèscourte. Lui qui m’adressait tous les jours des pages et des pages ! Il ditqu’il vaut mieux pour moi et mes parents, que j’annonce dans le pays que toutest rompu entre nous…
Ils passaient près de l’Océanqu’on continuait à décharger et qui, à marée haute, dominait le quai de sacoque noire. Sur le gaillard d’avant, trois hommes, le torse nu, se lavaient etparmi eux Maigret reconnut P’tit Louis.
Il surprit aussi un geste : undes matelots qui poussait l’autre de l’épaule en désignant Maigret et la jeunefille. Alors il se renfrogna.
— C’est par délicatesse,n’est-ce pas ? continuait la voix à côté de lui. Il sait l’ampleur que prendun scandale dans une petite ville comme Quimper… Il a voulu me rendre maliberté…
Le matin était limpide. La jeunefille, dans son tailleur gris, avait l’air d’une étudiante ou d’uneinstitutrice.
— Pour que mes parents m’aientlaissée partir, il faut qu’ils aient confiance en lui, eux aussi !… Et,pourtant, mon père préférerait me voir épouser un commerçant…
Maigret la fit attendre assezlongtemps dans l’antichambre du commissaire de police. Il prit quelques notes.
Une demi-heure plus tard, tous deuxpénétraient dans la prison.
C’était le Maigret maussade, auxmains derrière le dos, à la pipe vissée entre les dents, qui se tenait,l’échine ronde, dans un coin de la cellule. Il avait prévenu les autoritésqu’il ne s’occupait pas officiellement de l’enquête et qu’il ne suivaitcelle-ci qu’en curieux.
