
— Et le télégraphiste ?
— Sais pas !
— Léon ! Remplissez lesverres…
P’tit Louis eut un rire méprisant.
— J’serais soûl à crever que jene dirais quand même pas ce que je voudrais dire… Mais, tant que vous y êtes,vous pourriez offrir une tournée aux copains… Après une saloperie de campagnecomme celle-là !…
Un marin qui n’avait pas vingt anss’approchait, sournois, tirait P’tit Louis par la manche. Et tous deux semettaient à parler breton.
— Qu’est-ce qu’il dit ?
— Qu’il est temps que j’ailleme coucher…
— C’est ton ami ?
P’tit Louis haussa les épaules et,comme l’autre voulait lui prendre son verre, il l’avala d’un trait, par défi.
Le Breton avait d’épais sourcils,une crinière ondulée.
— Assieds-toi avec nous… luidit Maigret.
Mais, sans répondre, le marin allas’asseoir à une autre table, continua à laisser peser son regard sur les deuxhommes.
L’atmosphère était lourde, saumâtre.On entendait des touristes qui jouaient aux dominos dans la salle voisine, plusclaire et plus propre.
— Beaucoup de morue ?questionna Maigret qui suivait son idée avec l’implacabilité d’une foreusemécanique.
— De la saleté ! Elle estarrivée à moitié pourrie…
— À cause de quoi ?
— Pas assez salée… Outrop !… De la saleté, quoi !… Il n’y aura pas le tiers des hommespour rembarquer la semaine prochaine…
— L’Océan repart ?
— Parbleu ! À quoi celaservirait-il d’avoir des machines ? Les voiliers ne font qu’une campagne,de février à septembre. Mais les chalutiers ont le temps d’aller deux fois surle banc…
— Tu y retourneras ?
P’tit Louis cracha par terre, haussales épaules avec lassitude.
— J’aimerais autant aller àFresnes… Une saloperie !…
— Le capitaine ?…
— Je n’ai rien à dire !
Il avait allumé un bout de cigarequi traînait. Il eut un haut-le-cœur, se précipita vers la rue où on le vitvomir, debout au bord du trottoir, où le Breton le rejoignit.
